Deux journées sur le glacier. Au milieu de l'immensité, on a creusé un trou à la recherche de mercure - comme j'en ai pas vu, j'ai laissé faire les spécialistes et j'ai dormi au soleil.
lundi 9 mai 2011
Chimères
Deux journées sur le glacier. Au milieu de l'immensité, on a creusé un trou à la recherche de mercure - comme j'en ai pas vu, j'ai laissé faire les spécialistes et j'ai dormi au soleil.
dimanche 8 mai 2011
In the wind I crunch
I've been captured I've been saved
Been out wandering traveling lost
My hands are shackled my heart is crossed
Sacred wine straight from the grape
A prisoner in love can never escape
My task is done my burden is light
The dawn will come for the end of the night
Joy joy
I'm out of luck
Joy joy
I give up »
Been out wandering traveling lost
My hands are shackled my heart is crossed
Sacred wine straight from the grape
A prisoner in love can never escape
My task is done my burden is light
The dawn will come for the end of the night
Joy joy
I'm out of luck
Joy joy
I give up »
Berteltoppen triplette
lundi 2 mai 2011
Transformettes
Quand je fais de la mécanique, je chante ou je réfléchis – les deux je peux pas.
En fait, le chant ne surgit que lorsque l'espace vacant entre mes deux oreilles se laisse emplir de musique, comme si mon corps entrait en résonance avec ces mélodies qui me touchent et que cette émotion, née du ventre, amplifiée par les poumons, matérialisée dans la gorge, sculptée par la bouche, revenait se couler dans l'onde qui l'a fait naître.
Et ces derniers temps, j'ai fait beaucoup de mécanique. Parfois la complexité de l'opération, l'incertitude de l'aboutissement de la manipulation, ou la difficulté technique de sa réalisation font que je ne suis que doigts graisseux, yeux et tympans. D'autres fois l'intervention est simple, maîtrisée, et avec un semblant d'assurance nonchalamment prétentieuse je me laisse aller à un fredonnement qui, au gré de l'humeur et de l'occupation du bâtiment, peut enfler en un chant libre et énergique. A l'occasion d'une pause mon esprit s'enchante des subtilités du technicisme et rend hommage à toutes ces petites merveilles que l'on ne célèbrera jamais à leur juste valeur et dont les simples noms enflamment l'imagination... Quel éclair de génie a traversé l'inventeur de la clé à pipe (qui a même été intégrée dans une clé plate) ? De quelle imagination perfectionniste et tortueuse s'est échappée la pince à dénuder ? La vis auto-taraudeuse n'est-elle autre chose que la valorisation d'une faiblesse structurelle ? Et quelle joie d'enfant à la fête foraine, après des heures passées à tenter de récupérer dans un moteur une fuyante vis de purge de carburateur, que de découvrir l'existence de la pince à griffes flexibles et de sa cousine magnétique... J'en suis ainsi venu à considérer que, remontant aux fondamentaux, le monde tel qu'on le connaît ne saurait exister sans brosse métallique ni WD 40, qui sont la brosse à dents et le dentifrice du mécanicien.
C'est un de ces jours où la musique ruisselait sur moi sans m'imprégner, ou où ma voix était désaccordée, que j'en suis venu à penser au précieux Ronald qui, il y a presque un an, m'a accompagné dans mes premières auscultations d'engins défaillants en m'enseignant son paradigme : en bien des aspects, les moteurs doivent être considérés et traités comme des êtres humains. Au long de l'année je l'ai apprivoisé, m'appliquant à l'enrichir et l'affiner au gré de mes conversations valsantes à deux ou quatre temps, avec variations sur rampes communes d'injection et systèmes autolubes... Et aujourd'hui je me sens en mesure d'en exprimer une formulation mûrie, plus précise : les moteurs, à bien des égards, méritent d'être appréhendés avec les mêmes précautions que les relation.
Il s'agit déjà d'un interlocuteur dont les modalités d'expression diffèrent radicalement de celles qui nous ont été attribuées et que l'on estime presque universellement intelligibles. Ce qui implique un effort particulier d'attention, d'empathie et de patience en vue de percevoir cet assortiment de signes contre-intuitifs dont la rationalité nous est souvent inaccessible. Car ce mécanisme complexe et sophistiqué joue de faux-semblants, de sous-entendus et de messages masqués – il aime être deviné, comme si l'attention portée à déceler et déchiffrer révélait la valeur qu'on lui accorde, l'intensité du sentiment qu'il fait naître en nous. Alors il faut s'attacher à être doux, prévenant et bienveillant, espérant que la délicatesse saura faire pardonner les inévitables maladresses, que les erreurs pourront être réparées et accroître les compétences du partenaire pénitent. Mais parfois la clé est indécryptable, l'incompréhension est infranchissable, les limites de la communication sont touchées – dans l'effroi de son abandon le préservateur n'a d'autre choix que de subir sa primitivité, cédant à la force pure là où l'intelligence et la sensibilité ont failli, s'affirmant comme un combattant armé de la détermination de son intention dans la quête de son idéal. Et souvent, avant que le surgissement malheureux de cette puissance enfouie ne vienne tourmenter sa raison, il voit avec surprise toute tension se dénouer, toute complication se résoudre, comme si la manifestation de son assertivité avait été l'objectif recherché de cet instrument passionné, à l'origine de bien des mouvements...
mercredi 27 avril 2011
Silences
mercredi 13 avril 2011
Entre la sève profonde et l'écorce
vendredi 8 avril 2011
No Pyramiden trip
Carl-Peter le trappeur-baroudeur m'a proposé de faire partie du convoi qui l'accompagnerait à Pyramiden, ville minière russe promptement abandonnée il y a une dizaine d'années, à quelques 150 kilomètres d'ici. Le mauvais temps du week-end dernier repousse le départ à lundi soir : à la fin d'une journée de soleil éclatant nous quittons le village à 4 scooters suivis de traineaux bien chargés...
Mais après une heure de conduite, au milieu du premier grand glacier - le corps dans une bulle de bruit, l'esprit déployé dans l'immensité blanche - mon bolide se départ négligemment d'un galet de chenille... Alors je laisse filer le reste de la troupe, et rentre au ralenti sous un ciel chatoyant. Tant pis pour l'excursion, au moins j'ai eu le temps de déguster !









Mais après une heure de conduite, au milieu du premier grand glacier - le corps dans une bulle de bruit, l'esprit déployé dans l'immensité blanche - mon bolide se départ négligemment d'un galet de chenille... Alors je laisse filer le reste de la troupe, et rentre au ralenti sous un ciel chatoyant. Tant pis pour l'excursion, au moins j'ai eu le temps de déguster !
mardi 5 avril 2011
dimanche 3 avril 2011
KingsBay AS, utopie capitalisée
C'est une réflexion qu'à l'occasion d'un week-end de mauvais temps je sors du congélateur, relative au statut particulier du village. Qui, à proprement parler, n'est pas un village.
Au début du siècle dernier est fondée la société minière KingsBay Kull Company, qui établit un campement sur les rives du Kongsfjord et y démarre ses activités d'extraction. En 1963, à la suite de plusieurs accidents, l'exploitation est abandonnée, et 10 ans plus tard, avec l'aide de l’État, l'entreprise périclite et fait de la communauté un centre dédié à la recherche scientifique – qui ne décolle réellement qu'au début des années 90, avec l'établissement de plusieurs stations permanentes.
Le terrain ainsi que toutes les infrastructures sont la propriété de l'entreprise, c'est elle qui organise les moyens et conditions d'accès, et qui assume les services que l'on qualifie usuellement de « publics ». Et toutes les prérogatives habituellement endossées par un maire le sont ici par le directeur – nommé par un conseil d'administration et répondant devant lui des résultats de l'entreprise.
On n'est pas loin d'avoir concilié Thomas More, Charles Fourier, et le profit économique ! A Ny Ålesund tout le monde travaille, coopère, vit ensemble, et est dépendant du reste de la communauté. L'organisation de la vie et des relations (au moins professionnelles) est d'une précision et d'une rationalité redoutable. Tout est à libre disposition, et sera indolorement, généreusement et directement facturé à l'institut de rattachement, de sorte qu'en-dehors de l'heure bi-hebdomadaire d'ouverture de la boutique et du bar du samedi soir, l'argent est entièrement absent des relations de travail.
On s'approche aussi parfois de George Wells et Aldous Huxley : pas d'enfants, pas de personnes âgées ni malades, une population aux aptitudes physiques, à l'éducation et au niveau de vie bien supérieurs aux moyennes... Et, on l'a mentionné, des méthodes de gouvernance affichant leur sympathie pour les conceptions démocratiques prônées par l'OMC.
Au jour le jour, à l'écart des considérations « politiques », c'est un challenge humain assez impressionnant...
Au début du siècle dernier est fondée la société minière KingsBay Kull Company, qui établit un campement sur les rives du Kongsfjord et y démarre ses activités d'extraction. En 1963, à la suite de plusieurs accidents, l'exploitation est abandonnée, et 10 ans plus tard, avec l'aide de l’État, l'entreprise périclite et fait de la communauté un centre dédié à la recherche scientifique – qui ne décolle réellement qu'au début des années 90, avec l'établissement de plusieurs stations permanentes.
Le terrain ainsi que toutes les infrastructures sont la propriété de l'entreprise, c'est elle qui organise les moyens et conditions d'accès, et qui assume les services que l'on qualifie usuellement de « publics ». Et toutes les prérogatives habituellement endossées par un maire le sont ici par le directeur – nommé par un conseil d'administration et répondant devant lui des résultats de l'entreprise.
On n'est pas loin d'avoir concilié Thomas More, Charles Fourier, et le profit économique ! A Ny Ålesund tout le monde travaille, coopère, vit ensemble, et est dépendant du reste de la communauté. L'organisation de la vie et des relations (au moins professionnelles) est d'une précision et d'une rationalité redoutable. Tout est à libre disposition, et sera indolorement, généreusement et directement facturé à l'institut de rattachement, de sorte qu'en-dehors de l'heure bi-hebdomadaire d'ouverture de la boutique et du bar du samedi soir, l'argent est entièrement absent des relations de travail.
On s'approche aussi parfois de George Wells et Aldous Huxley : pas d'enfants, pas de personnes âgées ni malades, une population aux aptitudes physiques, à l'éducation et au niveau de vie bien supérieurs aux moyennes... Et, on l'a mentionné, des méthodes de gouvernance affichant leur sympathie pour les conceptions démocratiques prônées par l'OMC.
Au jour le jour, à l'écart des considérations « politiques », c'est un challenge humain assez impressionnant...
mercredi 30 mars 2011
Sous les pieds
On dit que le sang, au rythme battu par le cœur, apporte l'oxygène aux organes et élimine leurs déchets. La remontée du sang vers le cœur est impulsée par la compression du système veineux plantaire, accompagnée de la contraction des muscles du mollet, puis des mouvements de la cavité abdominale.
Je crois qu'il existe de la même façon une grande circulation de l'esprit. Son cœur est à l'étroit, là-haut dans le crane ; les yeux, la bouche, les oreilles et la peau le nourrissent, et la pensée a tôt fait de se vicier de ses propres déchets.
« La marche permet d'entrer consciemment dans la relation dynamique que représente le monde », a dit Yvan Amar. Et pour moi, l'intellect est un obstacle à l'appartenance au monde, en ce qu'il éloigne de la perception directe, et en soustrait la vérité par les déformations de l'analyse. Il assemble le labyrinthe fait d'égocentrisme, d'artificialité et de complexité qui nous isole.
Alors c'est comme si tout était aussi lié à la compression de la voûte plantaire : la pompe est réamorcée, et en même temps que l'air transmet par tous les sens fraîcheur et oxygène, l'approfondissement de la respiration évacue les sombres toxines qui obstruaient l'organisme.
La foulée s'allonge, le souffle s'amplifie – la pensée s'allège, l'esprit s'éclaircit.
Parfois la bouffée d'air d'une promenade suffit, mais souvent c'est une vraie ascension transpirante qui seule permet le décrassage de ma tête... Lorsque le physique approche de ses limites, le mental se déconnecte: le cerveau est dans les jambes et au bout des orteils, les sens s’exaltent et l'émotion prend les commandes.
Je crois qu'il existe de la même façon une grande circulation de l'esprit. Son cœur est à l'étroit, là-haut dans le crane ; les yeux, la bouche, les oreilles et la peau le nourrissent, et la pensée a tôt fait de se vicier de ses propres déchets.
« La marche permet d'entrer consciemment dans la relation dynamique que représente le monde », a dit Yvan Amar. Et pour moi, l'intellect est un obstacle à l'appartenance au monde, en ce qu'il éloigne de la perception directe, et en soustrait la vérité par les déformations de l'analyse. Il assemble le labyrinthe fait d'égocentrisme, d'artificialité et de complexité qui nous isole.
Alors c'est comme si tout était aussi lié à la compression de la voûte plantaire : la pompe est réamorcée, et en même temps que l'air transmet par tous les sens fraîcheur et oxygène, l'approfondissement de la respiration évacue les sombres toxines qui obstruaient l'organisme.
La foulée s'allonge, le souffle s'amplifie – la pensée s'allège, l'esprit s'éclaircit.
Parfois la bouffée d'air d'une promenade suffit, mais souvent c'est une vraie ascension transpirante qui seule permet le décrassage de ma tête... Lorsque le physique approche de ses limites, le mental se déconnecte: le cerveau est dans les jambes et au bout des orteils, les sens s’exaltent et l'émotion prend les commandes.
dimanche 27 mars 2011
dimanche 20 mars 2011
Accalmies
Voilà plus d'un mois que le vent souffle, accompagné de neige, de pluie, dénudant les flancs des montagnes et la surface du fjord. Le village est parsemé de collines de neige mouvantes, les porches disparaissent, l'éolienne de Corbel est tombée, moi et mon vélo aussi.
Alors lorsque soudainement les rafales cessent, tout semble s'apaiser - dans une sorte d'immobilité calme, blanche, moelleuse et lumineuse, le monde sereinement se repait du silence.
samedi 19 mars 2011
mercredi 16 mars 2011
Solfest
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